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Robert Molin

Guitare · Chant

Nom complet
Robert Molin
Naissance
12 mars 1913, à Cavaillon (Sud, Haïti)
Décès
18 janvier 1975 À vérifier

Présentation

Robert Molin, né le 12 mars 1913 à Cavaillon, dans le département du Sud d’Haïti, fut arpenteur, guitariste, parolier, chanteur et compositeur. Figure importante de l’ancienne tradition du twoubadou haïtien, il appartient à cette génération de musiciens populaires qui utilisait la chanson aussi bien pour raconter l’amour et la vie quotidienne que pour commenter les injustices, les comportements sociaux et les événements de leur époque.

Arpenteur de profession, Molin parcourut plusieurs régions du pays dans l’exercice de son métier, notamment Port-Salut, Torbeck et Jérémie. Ces déplacements nourrirent également son inspiration. Ses chansons témoignent des lieux qu’il traversait, des personnes qu’il rencontrait, des relations amoureuses, mais aussi des conflits sociaux et des conditions de vie de la population.

Molin se distinguait notamment par le caractère direct et engagé de certaines de ses compositions. Dans « Port-Salut en 41 » et « Rejete », il aborda des sujets sensibles et exprima notamment des critiques envers l’influence de l’Église catholique. Selon les témoignages consacrés à son parcours, ces prises de position lui attirèrent de sérieuses difficultés et l’amenèrent à quitter la région pour se réfugier à Jérémie, dans la Grande-Anse. Les prêtres Amour et Baron sont cités dans le récit de cet épisode.

« Port-Salut en 41 » occupe une place particulière dans son répertoire. Cette composition a été interprétée plus tard par d’autres artistes, notamment Joe Jack, ce qui a parfois contribué à associer la chanson à ses interprètes plutôt qu’à son créateur. Les témoignages recueillis attribuent cependant à Robert Molin la création de l’œuvre.

Son séjour dans la Grande-Anse ne mit pas fin à son écriture engagée. Molin s’intéressa également aux conditions de travail et à l’exploitation des travailleurs haïtiens dans le contexte de la présence économique américaine. Il composa ainsi « SHADA », en référence à la Société Haïtiano-Américaine de Développement Agricole, dont les activités dans les années 1940 eurent de lourdes conséquences pour de nombreuses communautés rurales. La chanson fut plus tard reprise et popularisée dans le milieu du twoubadou, notamment par Coupé Cloué.

Mais l’œuvre de Robert Molin ne se limitait pas aux chansons de protestation. Il écrivit également des chansons d’amour, des chroniques sociales et des compositions inspirées des lieux et des comportements de son époque. Son passage dans la Grande-Anse est notamment associé à « Plume à la main ». Son répertoire comprend également « Baiser perdu », « Lina », interprétée à sa manière par Achille Paris, ainsi que « Lola », « Les Femmes modernes », « Kloche la Sonnen », « Méchante », « Kimelem Chè Manman », « Mesye Marye » et « Peye Loye ».

« Fòl Juge » acquit notamment une résonance populaire à Port-au-Prince et dans ses faubourgs pendant la tumultueuse campagne électorale de 1957, montrant à quel point les compositions de Molin pouvaient accompagner et commenter les événements sociaux et politiques de son époque.

Les souvenirs transmis par les anciens permettent également de découvrir Robert Molin au-delà de sa musique. D’après ce que rapportent les anciens, Molin buvait beaucoup. Sa boisson préférée était le « Dazma », un clairin spécial des Cayes. Cette anecdote est restée attachée au personnage et à la mémoire populaire de celui qui fut l’une des voix du Sud.

Molin appartenait également à une équipe de caravacheurs formée de Bora, Kasendo et des frères « Zo ». C’est pour ces derniers qu’il composa « Noël des frères Zo », chanson qui fut ensuite interprétée par Léon Dimanche.

Les rapports entre l’œuvre de Robert Molin et le répertoire de Léon Dimanche constituent d’ailleurs un chapitre important de son histoire. Selon les témoignages transmis par les proches et les anciens, plusieurs compositions de Robert Molin furent chantées par Léon Dimanche sans que Molin reçoive initialement le crédit correspondant à son travail de compositeur. Ce n’est que plus tard, notamment à la suite des interventions de proches de Robert Molin, que son rôle aurait commencé à être reconnu.

Cette histoire aide à comprendre une difficulté importante dans la reconstitution de l’œuvre de Molin. Son héritage ne peut pas être recherché uniquement parmi des disques publiés sous son propre nom. Une partie de ses compositions a circulé à travers les interprétations et les enregistrements d’autres artistes, parfois sans que le public sache nécessairement qui en était le compositeur.

Cette transmission de son œuvre ne s’arrêta pas à sa génération. Plusieurs de ses compositions furent reprises, interprétées ou popularisées par d’autres figures de la musique haïtienne. Joe Jack est associé à une reprise de « Port-Salut en 41 », Coupé Cloué à la popularisation de « SHADA », tandis qu’Achille Paris interpréta « Lina ».

Les recherches consacrées à son répertoire ont également permis d’identifier une autre composition : « Ki Sa Pou'n Fe? ». Les notes discographiques de l’album Haiti: Ki Sa Pou-N Fe? What Is to Be Done? d’Atis Indepandan attribuent les paroles à Atis Indepandan et la musique à Robert Molin, avec un arrangement d’Atis Indepandan. Cette attribution constitue un exemple particulièrement important de la présence de l’œuvre de Molin sur un enregistrement publié sous le nom d’un autre artiste.

Robert Molin apparaît ainsi non seulement comme interprète, mais surtout comme créateur de chansons dont l’œuvre a circulé d’une génération à l’autre. Cette réalité explique pourquoi l’étude de son héritage nécessite de rechercher ses compositions dans les répertoires d’autres chanteurs et musiciens haïtiens.

Les témoignages recueillis présentent toutefois une divergence concernant les dernières années de sa vie. Un récit rapporte que Robert Molin serait tombé malade en novembre 1973 et aurait rendu l’âme pendant les premiers jours de janvier 1974. Une autre source consacrée à son parcours, celle de Max-Imbert Marcelin (Maks-Enbèr Marslen), donne la date précise du 18 janvier 1975, après environ deux mois de maladie. Les deux versions font partie de la documentation actuellement recueillie sur Robert Molin.

Au-delà de cette divergence chronologique, Robert Molin demeure une voix importante du Sud d’Haïti et de Cavaillon. Son œuvre a bercé plusieurs générations, notamment à travers ses chansons d’amour, tandis que ses compositions engagées ont conservé la mémoire des réalités sociales et politiques de son époque.

Son parcours montre toute la richesse du twoubadou haïtien : une musique capable de parler d’amour, de raconter la vie quotidienne, de faire rire ou danser, mais également de dénoncer une injustice, de commenter la politique ou de conserver la mémoire d’un événement.

Robert Molin fut ainsi à la fois arpenteur, guitariste, chanteur, parolier, compositeur, chroniqueur populaire et témoin de son époque. Son œuvre, parfois transmise sous la voix d’autres interprètes, constitue une partie importante de la mémoire du twoubadou haïtien.

Œuvres et compositions 16

Chansons et compositions documentées ou attribuées à Robert Molin par les sources consultées. Une œuvre n'est pas une parution : aucun enregistrement n'est indiqué tant qu'une source ne le documente pas.

  • « Port-Salut en 41 »Auteur, compositeur et interprète

    Reprise associée à Joe Jack

  • « Rejete »

    Chanson engagée.

  • « SHADA »Auteur et compositeur

    Popularisée par Coupé Cloué · Sur les conditions de travail et l'exploitation des travailleurs liées à la SHADA (Société Haïtiano-Américaine de Développement Agricole).

  • « Plume à la main »

    Associée à son séjour dans la Grande-Anse

  • « Baiser perdu »
  • « Lina »

    Interprétée par Achille Paris

  • « Lola »
  • « Les Femmes modernes »
  • « Kloche la Sonnen »
  • « Méchante »
  • « Kimelem Chè Manman »
  • « Fòl Juge »

    Chantée à Port-au-Prince et dans ses faubourgs pendant la campagne électorale de 1957.

  • « Mesye Marye »
  • « Peye Loye »
  • « Noël des frères Zo »

    Interprétée par Léon Dimanche · Composée pour les frères « Zo ». Enregistrée sur disque par Léon Dimanche selon le témoignage rapporté ; disque non identifié à ce jour.

  • « Ki Sa Pou'n Fe? »Compositeur (musique)Enregistrement documenté

    Interprétée par Atis Indepandan · Paroles d'Atis Indepandan ; musique de Robert Molin, arrangement d'Atis Indepandan.

Albums

Aucun album personnel documenté à ce jour.

L'absence d'album documenté ne signifie pas l'absence d'œuvres : ses chansons et compositions sont présentées plus haut.

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